Le menu engineering classe les références d'une carte selon deux axes : la marge unitaire et le volume de ventes. Quatre quadrants en ressortent — stars (forte marge × fort volume), puzzles (forte marge × faible volume), plowhorses (faible marge × fort volume), dogs (faible marge × faible volume) — chacun appelant une action différente. Appliquée à la carte des vins, cette grille est un outil de pilotage redoutablement efficace. Voici comment elle marche concrètement.
Le menu engineering est né dans les années 80 dans la restauration américaine, et formalise une logique que les bons restaurateurs appliquent depuis toujours : tous les items d'une carte ne se valent pas. Certains rapportent gros et se vendent bien (à mettre en avant), d'autres rapportent peu mais font venir du monde (à conserver pour le trafic), d'autres encore rapportent gros mais se vendent peu (à mieux promouvoir), et enfin certains rapportent peu et se vendent peu (à sortir). La matrice BCG appliquée au menu, en quelque sorte.
Sur une carte des vins, les deux axes deviennent :
Vos champions. Ces références cumulent un bon prix de vente et une rotation soutenue — ce sont elles qui font votre rentabilité boissons. Action : les protéger et les mettre en avant. Position prioritaire sur la carte (haut de rubrique), mention « coup de cœur sommelier » occasionnelle, formation de l'équipe à les recommander en priorité. Surveillez les ruptures de stock fournisseur — perdre une star pendant 3 semaines fait mal.
Des bouteilles qui rapportent gros quand elles se vendent, mais qui se vendent rarement. Souvent des références d'exception, des grands crus, des vins de niche. Action : améliorer la promotion sans toucher au prix. Ajouter une note de dégustation enrichie, une histoire du domaine, une recommandation d'accord plat précis. Tester le sommelier virtuel pour qu'il propose ces puzzles aux clients dont le budget annoncé le permet. Si après 3 mois la rotation ne décolle pas, accepter qu'il s'agit de références d'image qui ont leur rôle, et calibrer le stock en conséquence.
Vos chevaux de trait : des références qui se vendent beaucoup mais ne rapportent pas tant que ça à l'unité. Le client les aime, vous les vendez en volume, mais la marge totale qu'elles génèrent est moins haute qu'attendu. Action : tester un repricing progressif (5 à 10 % par paliers), avec mesure de l'élasticité — souvent le client ne quittera pas pour 1 ou 2 € de plus. Si la marge est vraiment trop basse, chercher une référence concurrente avec un meilleur coût d'achat (substitution de fournisseur, équivalent gustatif).
Les références qui ne rapportent rien et qui ne tournent pas. Action : les sortir. Soit en les écoulant via une opération promo (verre découverte, menu vin compris), soit en les transférant à la cuisine pour réduction. La place libérée doit accueillir une nouvelle référence avec un meilleur potentiel — la cave n'est pas un musée, c'est un actif qui doit produire.
La grille classique demande deux données par référence : la marge € unitaire (calculable à partir du prix d'achat et du prix de vente, voir notre article sur le coefficient multiplicateur) et le volume de ventes sur une période représentative. Sans logiciel, c'est un croisement Excel laborieux à faire à la main. Avec les analytics Winevizer, la matrice se construit automatiquement à partir de vos ventes et de vos coûts saisis, mise à jour quotidiennement.
L'intégration entre votre cave (où vous saisissez les coûts d'achat) et votre caisse (qui remonte les ventes) construit automatiquement la matrice menu engineering. Vous arrivez chaque matin avec la liste actualisée de vos stars, puzzles, plowhorses et dogs — et vous arbitrez vos décisions de mise en avant, de pricing et d'achat sur des chiffres, pas sur l'intuition.
Pour aller plus loin sur la rentabilité boissons, voir notre article 10 leviers pour augmenter la marge sur les boissons.
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